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Centre d'Enseignement Professionnel de Vevey
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1989 – 75 ans Ecole Deco Vevey

Vous trouverez dans cette page le portfolio publié en 1989
pour célébrer les 75 ans de l'Ecole de décoration

 
 

1914

La Première Guerre mondiale sonne le glas du «Vieux Monde». Le XIXe siècle qui était né en 1815 s’achève en 1914. Alors que dans un jardin d’été, les dames de la bonne société habillées par Poiret sablent le champagne pour fêter le 200e anniversaire de sa mise au point par Dom Pérignon, l’attentat de Sarajevo « tombe comme un coup de foudre sur l’Europe » selon l’expression du « Daily Chronicle » de Londres.

Dans le domaine des arts aussi, le vieux monde bascule. La Sécession de Vienne, le Futurisme italien et le Werkbund allemand ont jeté les bases de l’art du XXe siècle.
Picasso et Juan Gris adaptent la figure humaine aux lois bi-dimensionnelles de la frontalité. Le premier crée un scandale (de plus !) avec une composition intitulée « La bouteille de Bass » où il colle son paquet de tabac déplié au milieu de quelques traits qui rappellent les lois, pour lui révolues, de la perspective.
Perret construit le théâtre des Champs Elysées, Gropius achève son pavillon de Cologne, Wright inaugure « Midways Gardens » à Chicago. Gaudi termine, à Barcelone, le parc Güell. Giorgio de Chirico propose une architecture de fiction où ombres et lumières partagent l’espace de « Place d’Italie » et Delaunay broye la logique plastique en mettant la Tour Eiffel « dans tous ses états » pour la subordonner à la cohérence de la toile.
L’année verra disparaître Alain Fournier et Charles Péguy, triompher Wagner avec Parsifal, naître Nicolas de Stael et le principe de la transmission des images à distance, au moment où la TSF, technique nouvelle, s’installe au sommet de la Tour Eiffel. L’art, en Suisse romande, hésite entre l’héritage néo-classique et romantique du XIXe siècle et les novateurs. Vallotton dérange, Marius Borgeaud fait sourire et Cardinaux provoque un bel affrontement autour de l’affiche au cheval pommelé de vert de l’Exposition Nationale de 14.


L’Ecole des Arts et Métiers de Vevey est née dans I’enthousiasme. Ecoutons le rapporteur devant le Conseil communal de Vevey du 18 Juillet 1913: « Le canton de Vaud est resté en retard; d’autres cantons nous ont devancés. Puisque Lausanne s’est attribuée les institutions techniques, commerciales et agricoles, Vevey se doit de créer une école de métiers. Les carrières libérales sont encombrées: ouvrons à nos jeunes des horizons nouveaux en poussant ceux-ci vers des professions d’art industriel. En vivant comme maintenant nous continuons à être tributaires de l’étranger. Luttons contre la torpeur qui nous envahit ! L’enseignement professionnel est celui de l’avenir ». Le moins que l’on puisse dire de ces propos c’est qu’ils ne sont pas couverts de rides…
Retardée par la mobilisation de son principal enseignant, l’Ecole ouvre ses portes le 16 novembre 1914 dans des conditions matérielles décrites dans un texte qui laisse rêveur, par son premier directeur Philippe Recordon: « Les locaux affectés provisoirement au travail pratique se trouvent dans les sous-sols du bâtiment de l’école primaire des garçons, quai de la Veveyse, salle occupant l’angle nord-est. Cette salle, d’une superficie d’environ 70 m2, est assez bien éclairée et suffit pour environ (sic!) 8 élèves. Un petit local contigu sert de magasin pour les réserves de marchandises et en même temps de bureau pour le directeur-professeur de l’enseignement pratique. Il est cependant regrettable de n’avoir pu obtenir, faute de place, deux locaux séparés, soit un pour le matériel et un pour le bureau, le directeur étant appelé à recevoir des parents demandant des renseignements sur les branches enseignées ou des conseils pour lancer leurs fils dans une carrière peu connue du public. Sans avoir remarqué un effet défavorable, il est évident que la descente dans les sous-sols et le peu de confort du bureau pourraient, éventuellement, influencer d’une manière fâcheuse certaines personnes. Nous acceptons le statu quo comme provisoire. Les WC, où l’eau a été installée à notre intention (o tempora ! o mores !), complètent notre installation… » Et plus loin, en élevant le débat: « Fallait-il dès le début lancer le jeune élève tête baissée dans le moderne comme à la Kunstgewerbe Schule de Zurich ou dans la stylisation de la plante comme à l’Ecole des Arts et Métiers de Genève? Fallait-il lui laisser ignorer tout ce qui s’est fait d’admirable du XIIIe au XVIIIe siècle. Et plus tard, ne sera-t-il pas appelé à décorer comme ouvrier ou comme patron une église gothique, un vestibule Renaissance, un salon Louis XVI ? J’estime donc qu’une instruction générale est absolument nécessaire pour la formation du goût et des idées de l’élève. »
A part le peu de cas que l’on faisait à l’époque de l’art roman des XIe et XIIe siècles et l’ambition pour le moins téméraire de « décorer » une église gothique, l’interrogation fondamentale n’a rien perdu de son acuité.

La couverture du programme de la première exposition de l’Ecole, œuvre du directeur–enseignant–graphiste–administrateur–homme-orchestre, fleure encore bon l’esthétique de la Fête des Vignerons de 1905. La déesse néo-classique s’avance majestueuse, nimbée de volutes timidement « modern-style » entre plantes et buissons surmontant un cul de lampe qu’orne un texte dessiné dans le même esprit que le graphisme d’ensemble. L’utilisation des seules deux couleurs d’impression est habile et particulièrement riche. Le dessin sera réutilisé en 1931.

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